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La Porcelaine - L’Histoire

   Mais quelle est cette matière venue de la lointaine Europe, dont la blancheur et la pureté semblent évoquer les brumes envoûtantes de Sibérie ? Le Tsar Pierre le Grand, fasciné par cette matière blanche et nacrée dont le secret de fabrication, jalousement gardé, résiste à sa curiosité, tente dès 1718 de percer le mystère saxon de ce qu’il est alors convenu d’appeler « l’Or Blanc ». Le succès de la porcelaine en Europe n’échappe pas au Tsar, pour qui la modernisation de la Russie passe obligatoirement par l’européanisation. Il en fait lui-même grand usage, aussi bien au quotidien que dans la décoration de ses demeures. Tant qu’il ne perce pas le secret de la recette miraculeuse de la porcelaine, il se voit contraint d’en importer, pour assouvir son désir de ressemblance avec les autres cours d’Europe.

   Sa femme, la Tsarine Catherine Ière, et sa fille, la Tsarine Elisabeth (1741-1761) témoignent également d’une forte attirance pour la porcelaine, entraînant toute la Cour dans leur sillage. Le Tsar tente alors d’introduire la fabrication de la porcelaine en Russie, confiant les premiers essais à Christoph Hunger qui, le 1er Février 1744, obtient la mission de mettre sur pied la première manufacture de porcelaine russe, baptisée Lomonosov. Au fil des jours, Christoph Hunger se montre malheureusement incapable d’atteindre le niveau de qualité souhaité par la Cour et finit par être remplacé, en 1746, par Dmitri Vinogradov. Deux ans plus tard, il sera contraint à l’exil…

   Le nouvel élu, diplômé en Sciences de la Chimie, s’attelle à la tâche avec ardeur. Pendant longtemps, il oriente ses essais vers l’obtention d’une porcelaine lisse, blanche, fine et brillante. En 1750 arrivent les premiers résultats encourageants : les couleurs vertes, bleues et rouges sortent de manière satisfaisante. Six mois plus tard, l’Impératrice reçoit pour son anniversaire une magnifique tabatière en porcelaine fabriquée dans sa propre manufacture. Désormais, les Russes peuvent produire leur propre « Porzlin », ou « Farfor », comme ils appellent la porcelaine depuis la moitié du XVIIIe siècle, empruntant pour nommer la noble matière chèrement obtenue un titre porté par l’Empereur de Chine en persan. Sur la lancée de leur succès, il suffit de quelques années aux Russes pour réaliser une porcelaine de qualité équivalente à celle de Saxe. Les commandes affluent. Dmitri Vinogradov, le père de la porcelaine en Russie, meurt à l’âge de 38 ans après avoir sombré dans l’alcool, probablement à cause des nombreuses critiques - aussi incessantes et répétées que ses commandes, d’ailleurs ! - de la Tsarine.

   La porcelaine russe prend son envol définitif sous le règne de Catherine II, qui donnera par ailleurs son nom au motif décoratif russe traditionnel. Les célèbres palais de Saint-Pétersbourg se parent de porcelaines décorées d’arabesques qui composent de majestueux services de table utilisés à l’occasion de fastueuses réceptions de gala qui font office de véritables vitrines du savoir-faire russe aux yeux de l’Europe. Le fils de Catherine II, Paul Ier, perpétue l’intérêt traditionnel de la famille royale pour la production de la porcelaine durant les quelques années de son règne (1796-1801). La manufacture continuera à travailler suivant les techniques mises en place par Vinogradov, dont les recettes serviront de base à la fabrication de la porcelaine russe jusqu’à nos jours. Toutefois, le XIXe siècle apportera aussi son lot de réalisations artistiques à cet art. Le Tsar Alexander Pavlovich (….-….) est lui aussi passionné par la matière et n’hésite pas, pour en améliorer la qualité, à engager les meilleurs techniciens et peintres d’Europe : Schultz, Schriber, Seiffer de la Manufacture Royale de Porcelaine de Prusse, ainsi qu’Henri Adam et Denis Moreau, de la Manufacture française de Sèvres.

   La Révolution d’Octobre 1917 oblige la manufacture de Lomonosov à mettre un genou à terre en la privant de matières premières. Le travail cesse graduellement et une fermeture définitive apparaît inéluctable, lorsqu’en Mars 1918, des ordres sont donnés : il faut refaire vivre la production et travailler à la réalisation d’une porcelaine populaire « révolutionnaire dans le style, parfaite dans la forme et sans défaut dans la fabrication ». Un nouveau style émerge, portant les mêmes slogans qu’on rencontre alors sur les posters et affiches de la propagande soviétique. Ce style plaît tant aux dirigeants qu’ils décident de présenter les plus belles pièces lors des expositions internationales à l’étranger : Foire Internationale de Riga, d’Helsinki, de Berlin ou de Stockholm. Le constat s’impose : la porcelaine est entrée dans les mœurs russes et internationales, et l’importante sélection de la Galerie Peterhof témoigne de ce goût toujours vivace aujourd’hui.

 
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